Vitraux d’Arthur Schouler

ARTHUR SCHOULER (1927-1984)

SA VIE

Lorsqu’à la veille des années 1950, Arthur Schouler alors jeune étudiant à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts à Paris, découvre l’art et la technique du vitrail, il est subjugué. Son maître, le lorrain Nicolas Untersteller, qui lui-même s’adonne avec bonheur à ce même art, (à l’époque il compose les vitraux de Sainte Thérèse à Metz) n’est pas étranger à vocation naissante du jeune Arthur, qui, dès cet instant sait : il sera Maître-verrier.

Rien ni personne, ni les difficultés matérielles et économiques liées à la création d’un atelier d’art, ni le marché du vitrail fermé sur lui-même et dominé par les grands noms de la peinture, ni la querelle des anciens et des modernes qui oppose les tenants et les adversaires de l’art et du vitrail abstraits, ne changeront sa détermination.

Pas même son attirance pour la peinture et la sculpture à laquelle il s’essaie, ne le détourneront de la voie qui est désormais sienne. Arthur Schouler entre dans l’art du vitrail comme on entre en religion. L’image est à peine forcée.

Pourtant, ni ses origines, ni la tradition familiale ne le prédisposaient à embrasser une carrière artistique. C’est le 28 mars 1927, à Fouligny, où son père instituteur tient l’école communale, qu’Arthur Schouler voit le jour.

Ses parents Eugène Schouler et Catherine Dechoux sont l’un et l’autre natifs de Porcelette, au pays de Saint-Avold, où leurs familles respectives sont ancrées depuis des générations.

C’est donc à Fouligny, à l’ombre du clocher roman, où Clément Kieffer, un autre grand artiste lorrain, lui aussi fils d’instituteur, venait à l’époque planter son chevalet, qu’Arthur Schouler passe sa prime enfance, baigné dans l’ambiance très authentique de ce village lorrain liché dans le douce et pastorale vallée de la Nied.

Un court séjour à Béning-lés-Saint-Avold où son père est nommé instituteur, est le prélude de l’établissement de la famille à Saint-Avold.

En effet, dans l’attente d’un poste de professeur à l’école primaire supérieure de la ville, le père Schouler a fait construire une grande villa dans le très résidentiel faubourg de la rue Foch.

Hélas, en 1938, la mort prématurée du père endeuille et attriste la jeunesse d’Arthur en ces années d’autant plus sombres qu’inéluctablement elles conduisaient à la guerre.

Au retour de l’évacuation à Château-Garnier, Arthur fréquente l’Oberschule de Saint-Avold, désormais annexée. Ses professeurs allemands ne tardent pas à déceler le talent naissant, déjà très affirmé de ce jeune élève qui s’adonne avec une maîtrise innée au dessin et à la peinture. Il faut alors toute la conviction et la détermination de sa mère pour empêcher ses maîtres allemands d’envoyer ce jeune et talentueux Lorrain à l’Académie des Beaux Arts de Munich.

Schouler reste donc au pays. Le temps passe et la guerre dure. Comme tous les jeunes Mosellans, il est appelé au Reicharbeitsdienst et plus tard dans la Wehrmarht. Il en déserte le 15 décembre 1944 à Trèves et sera capturé par les troupes américaines aux portes de Forbach alors qu’il tentait de gagner Saint-Avold libérée. Après un invraisemblable périple, il ne sera rendu à la vie civile qu’en janvier 1945. Sans perdre le moindre temps, Arthur s’inscrit au collège de Forbach, et, dès le printemps reprend ses études.

 

C’est là que son professeur Jean Hurstel lui fait faire la connaissance de Jean-Marie Walaster, un autre jeune homme qui rêve alors d’art et de peinture.

Jean-Marie Walaster et Arthur Schouler ambitionnent de fréquenter l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts à Paris, fascinés qu’ils sont par Nicolas Untersteller, enfant de Stiring-Wendel, que Walaster connaît et qui deviendra quelques temps plus tard, directeur de la célèbre école parisienne.

L’année suivante, à Paris, le Maître accueille ses deux jeunes compatriotes, et pour toujours, les marquera l’un et l’autre de son empreinte et de son enseignement.

Ci-contre : Carton « La conversion de Saint Paul ». Vitrail sur le thème du feu.

 

Dans la capitale, Arthur Schouler loge dans une chambre de bonne, rue Léon Vaudoyer. L’art, la peinture, la sculpture et la musique l’émerveillent. Si Schouler n’était devenu peinture et verrier, il eût sans doute embrassé une carrière de pianiste, car la musique l’habitait pour le moins autant que les arts décoratifs.

Ses études achevées, Arthur Schouler revient au pays. A l’atelier de l’artiste naborien Helmuth Muller, il s’initie à la sculpture, puis travaille comme maquettiste dans son domaine de prédilection, à l’atelier des vitraux d’art Bohl-Schneller à Haguenau. C’est là qu’il réalise ses premiers vitraux qui ornent les verrières du chœur de l’église paroissiale de Merlebach.
Ci-contre : carton « les oiseaux » du vitrail « Faune et flore locales ».

 

A Haguenau encore, il concevra ceux de Baronville et d’Eincheville avant de s’installer à Saint-Avold dans le vaste et lumineux atelier qu’il s’est fait construire dans le jardin de la maison paternelle. Là, sans arrêt, jusque dans les dernières semaines de sa trop courte vie, avant qu’un mal implacable ne l’arrache aux siens, il va travailler, dessiner, concevoir, créer.

A la fois artiste et artisan, il s’exprimait dans cette dualité qui a fait de lui l’un des derniers et des rares maîtres-verriers capable de faire naître de son génie et de ses mains, un vitrail d’art semblable aux œuvres de la haute époque, dont il avait retrouvé l’esprit et le geste : capter et faire parler la lumière.

Ci-contre : « La conversion de Saint Paul », vitrail sur le thème du feu.

Le 28 mars 1984, Arthur Schouler, miné par la maladie, fermera ses yeux à cette lumière qui l’avait tant inspiré. Il laisse une œuvre immense dont il faudra un jour dresser l’inventaire, comme il faudra un jour écrire sa biographie.

Denis Metzger

LE VITRAIL

HISTORIQUE

A l’origine, le maître-verrier faisait lui-même son verre en mélangeant « 2/3 de cendre de hêtres et de fougères carbonisées avec 1/3 de sable de rivière que l’on brûlait et cuisait dans des récipients de terre jusqu’à fusion ». La coloration du verre était le résultat de différents mélanges de plantes et de minéraux.

Ci-contre : médaillon du vitrail sur le thème de la Résurrection.

Les Egyptiens et les Phéniciens étaient des maîtres dans l’utilisation du verre de couleur. Les Romains s’en servaient pour la décoration de leur maison.

Au 6ème siècle, la basilique de Constantinople s’orne de vitraux et cet art va se répandre peu à peu dans les églises gothiques et devenir une sorte de livre où s’instruisent les illettrés.

Avant la Révolution, les aristocrates ne pouvaient, sans déchoir, exercer d’autres activités industrielles que la verrerie et la papeterie. L’art et l’instruction, la beauté et la culture justifiaient ces dérogations.

LES TECHNIQUES

Arthur Schouler a utilisé les deux techniques :

  • vitrail classique : il est fait de verre antique de couleurs (4 000 teintes existantes) peint ensuite à la grisaille (mélange d’oxyde de fer, de gomme arabique et d’eau), cuit au four et mis sous plomb. Exemples : abbatiale Saint-Nabor (Saint-Avold), église Sainte-Ségolène (Metz), églises de Merlebach, Jouy-aux-Arches.
  • dalles de verre : les dalles de verres de couleur (400 couleurs disponibles) de 25 mm d’épaisseur sont liées entre elles par du béton armé. On les utilise pour les ornements et la décoration des constructions neuves (maisons d’habitation, bâtiments publics ou locaux d’entreprises). Exemples : Hôtel de ville de Forbach, Caisse d’Epargne de Faulquemont, de Schoeneck.

Etude – carton et vitrail.

LES VITRAUX DE L’ABBATIALE SAINT NABOR

 

Les vitraux qui ornent les verrières. Ils ont été réalisés de 1968 à 1971 par le maître verrier naborien ARTHUR SCHOULER et remplacent ceux posés au début du siècle par l’atelier Zettler de Munich, soufflés par le bombardement de 1944. Ils sont au nombre de 16 et représentent une surface de 420m².

Ces vitraux d’une grande luminosité ont été réalisés sur une palette très douce qui s’harmonise parfaitement avec les nuances bigarrées du grès à dominante rose de l’édifice.

Ci-contre : vitrail sur le thème de la faune et flore locales.

Sur le pourtour des baies, un marli peint et rehaussé de gravures à l’acide et d’émaux exprime la virtuosité et le fin graphisme de l’artiste. Dans une enluminure où se mêlent subtilement la faune, la flore et la symbolique, on découvre toute la sensibilité d’Arthur SCHOULER.
Les vitraux de la nef illustrent la création et les quatre éléments eau, vent, terre et feu.

Arrêtez-vous quelques instants pour rechercher là un hibou, là un crapaud ou un poisson. Le thème général est la création.
Ci-contre : carton du vitrail sur le thème du vent.