Abbatiale St-Nabor (XVIIIème siècle)

L’ABBATIALE SAINT-NABOR

Ouverte tous les jours de 07h à 18h (jusqu’à 19h en été).

 

Les bulbes couverts d’ardoise qui coiffent les trois tours de l’église confèrent à l’abbatiale un aspect baroque et pourtant l’architecture de l’édifice est classique. L’Abbatiale est un peu l’image-symbole de la ville.

 

Dominant le parvis dans une niche d’architecture, la STATUE dite DE LA FOI (ou de la religion) provient du portail classique de la cathédrale de Metz, portail dû à l’architecte BLONDEL et remodelé en 1898. Son pendant l’Espérance se trouve à la Basilique. Ces deux statues ont été réalisées en 1766 par le sculpteur namurois Pierre-François Le Roy (1739-1812).

 

« La Foi » montre le ciel du doigt et regarde la Terre. Cette femme couverte d’un capuchon monacal, à la face dure et régulière, enlace contre sa hanche une énorme croix.

ORIGINE DE SAINT-AVOLD

C’est un oratoire nommé HILARIACUM, fondé par SAINT-FRIDOLIN, un moine irlandais, au début du 6ème siècle qui fut à l’origine du monastère NOVA CELLA en 741. Il prit le nom de ABBATIA SANCTI NABORIS lorsqu’en 765, CHRODEGANG, évêque de Metz, au retour d’un voyage à Rome y déposa les reliques de SAINT NABOR.

SAINT-NABOR

Saint-Nabor était un centurion romain. Issu d’une famille noble, il était célèbre pour sa grande bravoure. Sous le règne de l’Empereur Dioclétien (284-305 après Jésus-Christ), il embrassa la religion catholique. Il fut très vite arrêté en même temps que plusieurs soldats de ses amis. Ayant refusé de sacrifier aux idoles, ils furent arrêtés, flagellés à l’aide de lanières cloutées de pointes de plomb et de fer, puis jetés en prison, le corps couvert de plaies.

Maximien, écumant de rage, condamna les trois soldats à être décapités. C’est avec joie qu’ils rendirent l’âme, en l’an 303 après Jésus Christ, en versant leur sang pour leur Sauveur.

L’abbaye devenue bénédictine était richement dotée par les évêques de Metz, soumise à la règle de Saint-Benoit.

Elle connut pendant tout le Moyen-Age un remarquable rayonnement et une grande prospérité. L’édifice fut rebâti à la fin du 15ème siècle par l’Abbé Adam de Roupeldange, puis agrandi au début du 17ème siècle avant d’être rasé pour la construction de l’église actuelle.

Possession évêchoise, puis ducale à partir de 1581, elle passa malgré elle à la couronne de France en 1766 à la mort du duc de Lorraine Stanislas Leczinsky, avec l’ensemble du Duché de Lorraine. Vers 1720, le chapitre de l’abbaye Saint-Nabor décide de reconstruire les bâtiments monastiques et l’église abbatiale.

A cette époque, se trouve au sein de la communauté monastique un moine architecte qui passe alors pour être l’un des meilleurs maîtres d’œuvre du Duché de Lorraine et des Trois Evêchés (Metz-Toul-Verdun).

L’Abbatiale fut donc construite entre 1755 et 1769.

Œuvre posthume puisque Léopold DURAND ne la vit de ses yeux, l’église Saint-Nabor est pourtant le chef d’œuvre de notre architecte bénédictin.

Dom LEOPOLD DURAND a marié avec bonheur le plan médiéval de l’EGLISE-HALLE (les trois nefs d’égale hauteur) et le goût marqué du siècle des lumières pour la clarté que lui donne les grandes baies vitrées.

 

L’église présente un transept légèrement saillant, une nef principale à 4 travées barlongues et deux collatéraux à travées carrées. La tour-clocher culmine à 45 mètres.

 

Dans le prolongement de la grand’nef, le chœur profond est à deux travées et à abside circulaire.

Les grandes colonnes sont couronnées d’admirables chapi-teaux corinthiens (dorés à la feuille au début du 20ème siècle). Au fond de l’église soutenue par des cariatides en stuc : la tribune d’orgues.

Lorsque la Révolution de 1789 éclate, l’Abbatiale n’a que 20 ans d’âge. En 1790, la Municipalité de Saint-Avold apprend à la fois que la riche abbaye locale, y compris l’église était transformée en biens nationaux, que les ordres religieux étaient supprimés et que la Nation allait vendre le Monastère et tout ce qu’il contenait.

Aussitôt ladite Municipalité propose à la Nation d’échanger l’église abbatiale contre la vieille église paroissiale Saint Pierre et Saint Paul qui s’élève à l’autre bout de la place.

Lorsque le 10 septembre 1792, un décret signé par DANTON autorise l’échange recherché, le sort des deux églises est définitivement scellé. Saint Pierre et Saint Paul sera désaffectée, vendue et démolie, Saint Nabor sauvée, passera à la Commune et deviendra le siège du culte constitutionnel.

Ce n’est que 10 ans plus tard suite à la signature du Concordat, en 1802 que le culte de Rome est rétabli et que la commune sera confirmée dans ses titres.

Si l’on excepte la pose des vitraux dans le chœur en 1878, l’abbatiale n’a guère été modifiée pendant le 19ème siècle.

NICOLAS DICOP

 

En 1906, arrive à Saint-Avold l’archiprêtre NICOLAS DICOP (mort en 1929).

En quelques années, il transforme la sobre abbatiale du 18ème siècle en un ebermunster lorrain où le décor baroque bavarois va rutiler dans les stucs et les ors.
En 1908, il fait agrandir la tribune d’orgues dont l’ordonnance classique lui paraît trop stricte.

De cette époque datent les deux anges atlantes.

En 1910-1911, il confie aux peintres munichois KOLSPERGER et DIETRICH l’exécution de grandes fresques qui vont couvrir les voûtes du chœur, du transept et de la nef.

Les chapiteaux sont dorés à la feuille et l’atelier ZETTLER, également de Munich, pose des vitraux peints à la place des verrières incolores du 18ème siècle.

En moins d’une décade, l’Abbatiale sans fard de Léopold DURAND devient une église baroquisée, rutilante et quelque peu théâtrale.

L’œuvre baroquisante de l’archiprêtre DICOP sera réduite à néant le 09 novembre 1944 lorsqu’une bombe américaine tombe sur le carré du transept.

La coupole centrale et la voûte du croisillon nord s’écroulent, le pilier septentrional est ébranlé, les vitraux sont soufflés, les murs sont criblés d’éclats, les boiseries du chœur sont arrachées, les toiles déchiquetées, les fresques mutilées et les enduits fissurés devront être abattus.

L’orgue, le grand orgue de Saint Nabor est mortellement atteint, la chaire baroque, orgueil du curé DICOP est écrasée par la chute de matériaux.

La restauration sera longue, difficile, coûteuse ; elle durera jusqu’en 1970. Elle s’étalera sur un quart de siècle, fractionnée en de nombreuses campagnes en fonction des urgences et au gré des subsides que réunissent conjointement les Bâtiments de France, le Conseil Municipal et le Conseil de Fabrique. Tous ces travaux ont permis de restituer à l’église sa pureté originelle. La belle pierre à dominante rose des carrières de Saint-Avold a par la même occasion retrouvé une nouvelle jeunesse.

LE MOBILIER DU CHOEUR

3_2 - Choeur

LES BOISERIES

Il s’agit d’un des plus beaux ensembles de boiseries conservés dans le diocèse de Metz avec celui de la collégiale de Munster (57). Les lambris de demi-hauteur et les stalles ont été réalisés entre 1755 et 1762 par le sculpteur JACQUES GOUNIN.

Très endommagées par les bombardements de 1944, en partie brûlées, elles ont été restaurées entre 1954 et 1970. De la décoration partiellement bûchée, c’est-à-dire supprimée à la hache par les révolutionnaires, il subsiste encore des chutes d’instruments de musique, d’objets liturgiques, de fleurs. Des angelots et des pots à fleurs ont été placés en alternance sur la corniche au dessin ondulé, couronnant les lambris. Elles ont été restaurées durant l’hiver 2009-2010.

LES TOILES PEINTES

qui ornaient les trumeaux ont été détruites. Seul a pu être restauré le tableau représentant l’ASSOMPTION DE LA VIERGE attribué au peintre naborien JOSEPH MELLING (1724-1796). L’autre toile représentait la « RESURRECTION DU CHRIST » également attribuée à Joseph Melling et disparue durant la dernière guerre.

LE TABLEAU « CHRIST EN CROIX »

Depuis 1866, la salle de la cour d’assises de Metz accueillait ce tableau représentant la crucifixion de Jésus Christ. Dimensions : 3,50m x 1,70m. Il a été réalisé sur le modèle d’une œuvre de Van Dyck et attribué à Jean-André Rixens.

En 1999, un avocat messin, maître Daniel Delrez, estime que « la présence de ce tableau reste inacceptable dans un lieu où la justice est rendue. En dehors de l’aspect religieux, un homme cloué sur une croix n’est pas le genre d’image souhaitable dans un palais de justice ». En attendant une décision définitive, le tableau a été recouvert d’un rideau.

Depuis le 30 avril 2010, le « Christ en croix » a été retiré et occupe une place dans le chœur de l’abbatiale Saint Nabor et remplace le tableau « la Résurrection du Christ ».

Dominant le chœur, vous remarquerez une niche dans laquelle Saint-Nabor, en cuirasse de légionnaire romain, brandit sa lance.

LA GLOIRE

Gloire est un terme générique pour désigner un décor de rayons divergents au centre desquels se trouve un triangle, symbole de la Trinité. A Saint-Avold, le triangle est remplacé par un cœur transpercé serti d’une couronne d’épines. Il s’agit du Sacré Cœur de Jésus.

Cette sculpture a probablement été réalisée au milieu du 18ème siècle et restaurée sous l’abbé Dicop puis en 1995.

LA CHAIRE

Due aux transformations du chanoine DICOP, au début du XXème siècle. L’ornementation est particulièrement chargée. La partie conservée est un fragment du support de la cuve, il est en chêne.

Le thème développe les symboles des évangélistes : le lion de Saint Marc, le bœuf couché de Saint Luc, Saint Matthieu la main posée sur la tête du lion (ses ailes servent de fond à la scène)et l’aigle de Saint Jean déploie ses ailes.

LA STATUE DE SAINT-NICOLAS

Depuis le Moyen-Age, Saint Nicolas fait l’objet d’une dévotion très forte à Saint-Avold. La puissante corporation des marchands et celle des bouchers, fondées respectivement en 1481 et 1486, se placent sous la protection de ce saint.

Depuis 1921, une foire de la Saint-Nicolas est organisée le 1er lundi de décembre par l’association des commerçants.

Cette belle statue polychrome a été restaurée par les soins de la Ville. Haute de 2,05m et lourde de 80 kg, elle est taillée dans du bois de chêne.

 

Elle a été installée dans l’abbatiale le 5 décembre 2003.

Notre saint Nicolas naborien a été réalisé en 1773 et provient de l’ancienne église Saints Pierre et Paul. Elle fut transférée, comme toutes les autres statues dans l’actuelle église paroissiale récupérée par la commune après la suppression du monastère des bénédictins en 1790-1792.

D’abord installée dans le croisillon de droite à l’emplacement de l’actuel autel de la Vierge, la statue de Saint Nicolas est, suite à des travaux réalisés en 1892, extraite de sa niche pour être reléguée sur le pilastre à droite de l’autel. Cette nouvelle disposition dure jusqu’au 9 novembre 1944, date à laquelle une bombe alliée endommage les autels collatéraux.

Si notre statue échappe miraculeusement à la destruction, elle subit la perte de sa crosse avec des dommages mineurs. Elle sera vers 1952, après une réparation sommaire, placée dans la niche du nouvel autel du croisillon de gauche et ceci jusqu’en 1960, date qui voit son remisage dans la sacristie. Elle subit alors les outrages du temps jusqu’en 2002. Restaurée par les soins de la commune, elle est réinstallée le 5 décembre 2003.

LE CALVAIRE

En bois poly-chrome et d’inspiration rhénane, il a été réalisé vers 1500.

Le Christ en croix est entouré de la Vierge et de l’apôtre Jean, posés sur des consoles, moulu-rés, à décor de feuillage.

 

LA CROIX : Les quatre branches de la croix sont terminées par des éléments en forme de quadrilobe, portant chacun le symbole d’un évangéliste :
– hampe : sommet (aigle Saint Jean) et base (lion Saint Marc)
– traverse : gauche (homme St Matthieu) et droite (bœuf St Luc).

Le nom de Monseigneur JEAN PORCELETS DE MAILLANE (1581-1624) est attaché à ce calvaire de style très ancien d’art rhénan de la fin du 15ème siècle, dit « Croix des Porcelets », car l’évêque de Nancy et de Toul fut abbé commandataire de l’abbaye et la date de 1624 est la date de sa mort. Jean des Porcelets de Maillane, issu d’une vieille famille provençale « Les Porcelets », seigneurs de Maillane, a fait exécuter d’importants travaux. Il verse à l’abbaye d’importantes sommes d’argent affectées au bâtiment et au calvaire. Au 17ème siècle règne une paix relative en Lorraine, d’où un essor démographique et une colonisation agricole. De ce fait, il créa un village et lui donna son nom : Porcelette.

L’ORGUE DE SAINT NABOR

Il s’agit d’un orgue de style classique français construit en 1770-1771 par le facteur Barthélémy CHEVREUX. Les deux atlantes en bois qui se situent sur les tourelles en bois figurent l’allégorie de la jeunesse et de la vieillesse. L’ensemble de la décoration est de style Louis XV tardif voire Louis XVI. Le buffet a été sculpté en 1769-1771 par Jacques GOUNIN.

Cet orgue a été lui aussi victime des bombardements de 1944. Il a été rénové et inauguré le 26 avril 1987.

Il comporte 4 claviers, 1 pédalier, 39 jeux et 2 407 tuyaux. Les tuyaux sont en plomb ou en étain. La mécanique en bois de chêne.

Le coût de l’opération s’élève à 400 000 euros (2 600 000 francs). 120 000 euros (800 000 francs) pour la restauration du buffet monumental en chêne qui avait été sculpté par GOUNIN entre 1765 et 1769. La remise en état a nécessité 2000 heures de travail.

275 000 euros (1 800 000 francs) pour la partie instrumentale entièrement neuve.

Le financement a été assuré par la ville de Saint-Avold (150000 euros – 1 000 000 francs), le Conseil Général de la Moselle (50 % du buffet classé Monument Historique) et la Paroisse.

Les anges atlantes, sous la tribune, ont été sculptés par les ateliers KLEM de Colmar.

LA MISE AU TOMBEAU

C’est au XVème siècle qu’apparaît le thème très populaire de la « Mise au Tombeau ». Au 15ème siècle, avec les malheurs du temps, l’idée de souffrance et de mort domine dans les dévotions des fidèles.

Une vingtaine de groupes sculptés existent en Lorraine, il n’y en a que 4 en Moselle. Les plus représentatifs sont celui de l’église Saint-Nabor et celui de la petite église de Vahl-Laning.

Le groupe de Saint Nabor adossé au mur occidental du bas-côté gauche, sculpté pour partie dans le grès et pour partie dans la pierre de Jaumont provient de l’ancienne église paroissiale Saints Pierre et Paul et a été réalisé vers 1500. Il est de style rhénan à cause des deux soldats assoupis.

Il met en scène autour du Christ mort et prêt à être enseveli, Joseph d’Arimathie et Nicomède représentés sous les traits de beaux vieillards barbus tenant les deux bouts du linceul.

Devant le sarcophage, deux soldats endormis représentés à plus petite échelle figurent symboliquement les gardiens du tombeau.

LE RETABLE DE LA VIERGE

Ce retable est enfermé dans un cadre mouluré, il est taillé dans un beau calcaire jaune. Il date des années 1460.

La sculpture est quelque peu naïve. Elle met en scène 4 séquences de la vie de la Vierge:
– à gauche : l’ANNONCIATION : la Vierge joint les mains et s’incline devant l’ange qui salue Marie.
– à droite : l’ADORATION DES BERGERS : la Vierge est debout devant l’enfant couché dans son berceau de paille, Saint Joseph en vieillard est assis à l’extérieur de la bergerie. Au second plan apparaissent les bergers.
– au centre : la DORMITION : Marie vient de mourir, étendue sur un lit dont les draps tombent en plis, son corps est entouré du Christ, d’un ange, et des apôtres attristés.
– au-dessus : une minuscule composition représente l’ASSOMPTION de la Vierge enlevée par deux anges.

LES VITRAUX D’ARTHUR SCHOULER

 

Ils ornent les verrières et ont été réalisés de 1968 à 1971 par le maître verrier naborien ARTHUR SCHOULER. Ils remplacent ceux posés au début du siècle par l’atelier Zettler de Munich, soufflés par le bombardement de 1944. Ils sont au nombre de 16 et représentent une surface de 420m².

Sur le pourtour des baies, un marli peint et rehaussé de gravures à l’acide et d’émaux exprime la virtuosité et le fin graphisme de l’artiste. Dans une enluminure où se mêlent subtilement la faune, la flore et la symbolique, on découvre toute la sensibilité d’Arthur SCHOULER. Les vitraux de la nef illustrent la création et les quatre éléments eau, vent, terre et feu.

L’ABBATIALE SAINT-NABOR est l’image symbole de notre ville. Elle est ouverte tous les jours de 7h30 à 18h en hiver et de 7h30 à 19h en été. Des visites guidées sont organisées tout au long de l’année pour les groupes, sur inscription, ainsi qu’en été et lors des Journées du Patrimoine pour les individuels. Renseignements auprès de l’Office de tourisme au 03 87 91 30 19.

Crédit photos : AMSA, Jean STOCKER, Moselle Tourisme Jean-Claude Kanny, Ville de Saint-Avold.